Aujourd’hui j’ai envie de vous parler d’un sujet pas du tout commun ici et qui pourtant me tient à cœur: Mes cheveux.

Mais pourquoi me direz-vous?

Ben tout simplement parce que j’ai envie de partager certains pans de ma vie un peu plus personnels.

Je vais débuter par mes cheveux.

On me parle de phénomène de mode, de mouvement et j’écarquille les yeux.

Pour la petite histoire, à la maison j’ai grandi dans une famille où tout le monde avait les cheveux dits naturels: mon père, ma mère, mes sœurs et moi.

(Je n’ai jamais compris le besoin de spécifié cet attribut. Ce sont des cheveux point… Bref, passons!)

Ma mère fut mon premier modèle capillaire. Elle arborait de belles tresses avec ou sans rajouts, qu’elle se faisait faire au salon.

Elle n’a jamais mis une goutte de défrisage dans ses tifs.

Elle avait et a toujours ce volume de cheveux majestueux!

Comme bon nombre de petite fille, j’ai eu mes poupées et mes héroïnes des dessins animés qui qu’on le veuille ou non laissent une empreinte.

Elles avaient toutes les cheveux raides. J’ai joué un temps à m’attacher la tête avec une serviette pour les imiter (cat’s eyes et compagnies).

Mais je n’ai pas souvenir d’en avoir voulu réellement des longs et raides…

Jusqu’au CM2, c’est maman qui nous coiffait soit des nattes (queues ou au fil), des tresses ou des vanilles.

Nos cheveux étaient nourris avec:

  • de l’huile de palmacristie/carapate que parfois l’une de mes tantes guadeloupéenne nous faisait parvenir
  • de la brillantine et l’huile à l’ortie Klemm (pas de vaseline)

Elle nous amenait aussi souvent dans des foires artisanales et marchés rasta pour y acheter du beurre de karité.

Le vrai là! Vous savez? Celui qui est bien odorant.

Le dimanche était jour de soin. C’était toujours au minimum shampooing et après shampooing.

Quand elle sentait que nos cheveux le nécessitaient, c’était bain d’huile la veille du shampooing une fois par mois.

Après les grandes vacances, elle nous faisait les pointes. Et pour parfaire notre coiffure elle brûlait à la bougies les chichis qui dépassaient des nattes/tresses.

Tous les soirs nos cheveux étaient attachés avec nos carrés de madras, « marré têt », pour que nos cheveux restent en place, sans chichis (frisottis).

Des fois, quand une coiffure ne nous plaisait pas, mes sœurs et moi les fouines, dormions sans foulard ou alors nous nous mouillions volontairement les cheveux pour avoir une nouvelle coupe plus rapidement et cette fois à notre goût.

Nous avions chacune notre set de coiffure avec notre brosse, notre peigne de la marque Hercules (les vrais choses) gravé à notre nom et accessoires en tout genre.

Le peigne quand il tombait et qu’une dent se cassait, s’était direction l’atelier de papa pour le scier et le remettre à niveau ahahah.

Au primaire

Et puis nous avons vite appris à nous laver, natter et tresser seules les cheveux.

Nous avions même des têtes à coiffer où l’on apprenait à faire des nattes et tresses avant de s’essayer sur nos têtes ou celles d’une des sœurs.

On en a fait des expériences commerces:

  • shampooing réalisé à base de feuilles et de fleurs d’hibiscus
  • masque à l’avocat du jardin
  • masque à l’œuf, miel et rhum

 

Ah ah les bons souvenirs, je vous dis!

Je n’ai reçu aucun commentaire sur ma chevelure ou du moins je ne m’en souviens pas

(mémoire de Doris ou sélective, choisissez).

Voici donc mes bases, mes repères et pourquoi je martèle que ce n’est en rien une mode pour moi.

Et puis à mes 21 ans, un jour, sur un coup de tête, avec l’un de mes premiers salaires, j’ai décidé de tester un wave.

C’est comme le défrisage je crois bien, sauf que les cheveux ne sont pas tout à fait raides. Les boucles sont plus détendues.

C’est à partir de ce moment que les « avis » ont commencé à pleuvoir…

Quand je suis revenue de la coiffeuse, j’ai eu l’impression que mes parents étaient malheureux déçus.

En mode « mais pourquoiiiiiii? Tu avais de si beaux cheveux!!! »

J’en avais déjà parlé avec eux, questions d’identité et de santé mais pour moi ce n’était qu’un simple changement: un coup de spitch sur les cheveux mouillés et leggo.

Je pouvais enfin les porter lâchés sans avoir à rester assise des heures jusqu’à en avoir mal aux fesses pour être coiffée.

Et puis, en Octobre 2008, je suis partie pour mes études… Là-bas.

Finis les boucles et les cheveux mouillés, j’ai vite compris ce que c’était que d’avoir réellement froid!

J’ai aussi vite vu que mes cheveux n’étaient plus comme au pays.

Le calcaire ainsi que l’air les asséchaient et les rendaient cassants.

Je ne comprenais pas: moi qui n’avait jamais eu de soucis pour les entretenir jusqu’alors, je n’avais plus la même texture ni les mêmes repères.

Plus ça allait, plus je les taillais. J’en avais sérieusement marre.

Je ne me reconnaissais plus du tout. Mon volume avait disparu.

En 2010, j’ai décidé de me reprendre en main:

« Olaïtan, il va falloir que tu apprennes à entretenir tes cheveux en France hexagonale. »

Comment est-ce possible qu’en Martinique tu pensais ne faisais que le strict minimum et ici, enfin là-bas…Bref

J’ai commencé à faire des recherches sur Internet. Je me suis inscrite sur le forum Upgrade Me, un espace d’échange sur les cheveux et le bien être de La Manouchka.

J’en ai fait de jolies rencontres!

C’est aussi à partir de là que j’ai décidé d’ouvrir mon blog.

Et puis je ne me rappelle plus comment c’est arrivé, mais Manuella (La Manouchka) m’a rapidement orienté vers Clarisse de Bellebene qui m’a vraiment super bien accompagnée et conseillée.

Elle m’a appris à trouver une routine capillaire qui colle à mon mode et surtout mon milieu de vie avec des produits adaptés, à savoir comment:

  • laver mes cheveux  (les séparer en plusieurs sections, le cuir chevelu …),
  • les hydrater et sceller l’hydratation (eau + corps gras, l’image de la vinaigrette m’est restée en tête),
  • les avoir sains (sans fourches, forts: non cassants),
  • conserver ma coiffure (foulard/ taie d’oreiller en satin pour conserver mon hydratation),
  • réaliser des coiffures (braid out, twist out…)

C’était ça mon besoin: adapter mes connaissances et retrouver le cheveu qui m’avait accompagné jusqu’à mes 21 ans.

Celui que je connaissais le mieux, fort et beau!

J’ai donc fait une transition, c’est à dire que j’ai gardé les deux textures de cheveux: traités chimiquement et l’autre non.

Au bout de 10 mois,quick, j’ai coupé toute la partie wavée.

J’ai expérimenté et j’ai appris pas mal de nouvelles choses et surtout que je pouvais le porter lâcher.

Ça c’était complètement nouveau.

Je ne l’avais jamais vu ni au pays, ni là-bas sur des femmes au cheveu crépu.

Durant ce cheminement, j’ai aussi découvert Danielle et Fatou qui m’ont profondément touchée par la force de leurs mots, leurs engagements et la beauté de leurs coiffures.

J’admirais et j’admire réellement l’engouement d’acceptation de soi qu’il y a eu et qu’il y a encore aujourd’hui autour de ce sujet.

Ce processus, je le salue mais je me répète ce n’est en rien une mode mais bien un réel besoin que nous avons, nous, personnes de couleur de dire que nous existons avec la singularité qu’est notre cheveu mais pas que.

Il n’existe pas qu’une seule beauté!

J’ai pleinement compris que je n’avais pas forcément besoin d’être tressée ou nattée pour être considérée comme coiffée.

J’ai pris conscience de la versatilité de mes cheveux.

Mon expérimentation de cheveu chimiquement aura duré 3 ans.

Depuis la fin de cette aventure en 2011, des personnes proches et d’autres moins proches, voir inconnues étaient/sont ravies de voir une jeune femme noire portant (assumer) ses cheveux.

Les avis étaient/sont pour la plupart flatteurs.

Mais en vérité, je ne me suis jamais posée la question de savoir si c’était bien ou pas de les lâcher, tourner, lisser, natter, tresser ou autres pour sortir de chez moi.

Je les lisse, les twist, les coupe, les décolore, les colore, les tresse, les lâche.

Tout dépend réellement, de mon humeur et de mon état d’esprit du moment.

Ce sont les gens qui sont surpris de voir la facilité avec laquelle je m’amuse aisément avec mes cheveux.

Et puis parfois, d’autres s’autoris(ai)ent le droit de me dire que je ne suis pas coiffée ou que j’ai les cheveux en pétard, ou que je devrais les démêler parce qu’ils sont lachés…

Ceux qui me connaissent doivent sourire en ce moment même.

De temps en temps, je n’y prête pas attention et d’autres fois je daigne répondre et rappeler dans le plus grand des calme, après une longue et lente inspiration tout de même que:

Mes cheveux sont crépus et ils ne sont par nature ni raides ni bouclés mais bien crépus .

Je les aime.

Donc, j’ai tout autant le droit de les porter au vent si j’en ai envie.

Est-ce que vous vous permettriez de faire ce genre d’observations, non sollicitées, à une personne aux cheveux naturellement raides.

Non?!

Alow soti douvan mwen (Hors de ma vue)

Non mais sincèrement, nous avons été trop longtemps formatés à l’idée que ce qui est uniquement beau, ce sont les femmes avec les cheveux lisses, tirés à 4 épingles, tressés ou encore nattés et de préférence raides et sans chichis.

Le constat est que, je suis une femme noire et que mes cheveux sont crépus.

Ce n’est en aucun cas une mode.

Je suis née ainsi et j’en suis fière!

Je ne remercie jamais assez du fond du cœur mes parents de m’avoir dit et répété que mes cheveux sont beaux, de les aimer.

Je rajouterai que maintenant que je suis maman, je mets un point d’honneur à être en accord avec moi même, mes origines et mon histoire.

Et le fait d’arborer mes cheveux lâchés en fait parti.

Aimez-vous, personne ne le fera mieux que vous!